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Manifeste du peintre témoin

le 08. 02. 2006

"La femme est l'avenir de l'homme" disait Aragon…
    Et si l'avenir de l'être humain était la conscience en éveil ?

Peu à peu, alors que s'assombrit son horizon à travers les ombres de ses turpitudes et de ses actes, à travers les brumes de son égoïsme, les fumées de sa cupidité, s'éveille en lui, comme un renouveau lointain abandonné, la conscience ancestrale d'être la partie fragile d'un TOUT. Ce Tout éphémère, impermanent et intrinsèquement lié à sa propre histoire, brève, insignifiante et résolument grandiose.

Le monde tel qu'il le conçoit est en pleine expansion, déjà immense, déjà étouffé par le paradoxe qui l'anime depuis la nuit des temps. Une nuit de lave et d'eau qui s'éteint et se rallume au rythme de la danse des étoiles. La nuit des abysses de l'âge qui se meurt à l'aube de sa conscience et renaît chaque jour au réveil de son être. Un être en proie au paradoxe vivant qu'il est dans l'affranchissement de tout jugement. Être confondu d'amour et de haine, de joie et de tourments, de peurs et de courages, d'individualisme forcené et de compassion latente appelée à se muer en empathie.

Dans cette nuit noire épaisse comme une couverture posée sur le dôme de sa conscience il reprend doucement contact avec l'essentiel.

Au fil des conséquences tragiques que perpétuent les signes ostensibles de ses actes, il évolue tel un équilibriste lancé sur les tensions de l'histoire de sa vie. La souplesse de cette ligne devenue si fragile, se meurt à l'aune de son insouciance. Bientôt complètement rigide cette voie qu'il s'est tracé à travers tant d'ignominies et d'inconséquences le mènera droit au mur.

Mur sombre qui se dresse au dessus de son horizon pour l'habiller des cris et des grincements de dents de sa progéniture.


L'être humain ne sait-il pas que son devenir est celui de la Terre et aussi celui de ses propres enfants sur cette même terre ?



Les prémices de la révolte grondent et afin que les mandibules, de ce cruel et impitoyable destin qu'il s'invente dans le seul soucis de sa croissance et de son confort, ne le rattrapent dans cette course folle et ne le jettent dans l'abîme des convulsions de sa terre natale en faillite, il lui faut reprendre ses esprits, ses espoirs et ses rêves les plus fous. Afin de les réveiller comme il se doit dans un sursaut de conscience, comme à l'aube d'une humanité nouvelle dont Malraux disait qu'elle serait spirituelle ou ne serait pas.

    La question qui se pose ici de manière incontournable est claire comme l'est la source de vie qui abreuve notre humanité depuis la nuit des temps, lumineuse et fluide comme l'est la lave qui coule dans ses veines :

" Eteindre ou allumer La Lumière…au seuil de ce mur qui se dresse devant elle… ?"

    Pour l'extinction de toute vie sur terre il n'y a plus qu'à laisser filer. Les éléments se chargeront des évènements dans les cris et les grincements de dents. Comme à l'heure de l'Apocalypse. Pour qu'un jour nouveau pointe à l'horizon de sa funeste et irréductible destinée faites des briques et des broques de son insouciance, il lui suffit de lever enfin le voile de sa conscience.

Il n'y a rien de plus hypocrite que le système dans lequel nous vivons et qui reflète le devenir de la planète, des individus et des peuples qui y séjournent.

Véritable machine à broyer les consciences, le pouvoir de l'argent est tout puissant. C'est lui qui nous  dicte la marche à suivre. Celle de la CROISSANCE, véritable ignominie, source de toutes les injustices de toutes les inégalités. Voilà le danger le plus immédiat installé, irréversible puisqu'il nous pousse, de part sa nature même, à toujours consommer plus.

A grand renforts d'images les médias, achetés à cet effet, l'espace visuel surexploité, nous inondent de messages subliminaux commandités par les Lobis de tous bords et nous invitent de manière pressente à participer à cette course folle qui nous conduit inexorablement vers le MUR. Pour continuer à fonctionner, ce système a besoin d'essaimer sa philosophie sur toute la planète afin d'être en mesure de toujours faire croître les bénéfices de quelques uns au détriment de l'écrasante majorité qui, malgré elle, s'évertue à détruire ce qui devrait nous être le plus " cher ", la couche d'ozone, les réserves naturelles contenues sur la Terre et sous ses eaux.

 

Terre, GAÏA, planète fragile
Que ne te révoltes tu pas davantage !



Voici une merveilleuse illustration du danger que l'on fait courir à nos enfants légataires de la Terre qui nous porte. Je vous la livre de mémoire, avec mes propres mots, mais le fond est intact, aphorisme inscrit en lettres de feu dans mon cœur et dans mon esprit depuis que je l'ai entendu prononcé de la voix du fils du Commandant Cousteau :

"La Terre est comme un avion en vol, fait de centaines de morceaux de tôle, assemblés par des milliers de boulons représentant toutes les espèces vivantes sous toutes leurs formes , minéral, végétal animal…Nous en sommes les passagers, futurs destinataires ou futurs naufragés. Nous conduisons cet avion.

Imaginez qu'à chaque fois qu'une espèce vivante disparaît en raison de notre insouciance, de notre incompétence, de notre laxisme à gérer en toute conscience ce vol unique et merveilleux nous conduisant vers notre devenir, c'est un boulon qui se détache de la carlingue… Plusieurs boulons et c'est un morceau de l'habitacle qui s'effondre dans l'abîme. Et l'avion poursuit son vol…Mais notre insouciance n'a pas de limites et nous regardons, sans plus de réaction, les boulons et les pièces de métal tomber unes à unes.

Combien de temps, notre vecteur de vie, notre avion pourra poursuivre sa route ? Nul ne  le sait.

Mais un jour, un boulon, on ne peut prévoir ni le quel ni quand, un jour se produira l'irréparable, l'irréversible descente aux enfers car il sera celui qui démantèlera notre si belle caravelle et la fera sombrer avec lui, avec nous, entraînant irrémédiablement l'humanité dans le gouffre du néant…"

Le basculement de la masse critique, le réveil des lumières de sa condition, le lever de ses propres ressources telles que sa compassion et l'amour de son prochain, pourraient bien être son seul et unique salut. A l'heure ou l'humanité toute entière dans sa diversité et sa différence apprend à ses dépends que la terre  qui la porte depuis ses origines est sa seule sauvegarde, son unique garde fou. A l'heure ou se joue le devenir de ses enfants sur la planète mise à rude épreuve, se pose l'ultime question :

" Que faisons nous ?... "

Que faisons nous d'un point de vue individuel et collectif ? Il existe  pour faire basculer justement cette masse inerte et subversive qu'est l'humanité d'aujourd'hui vers la critique de notre société, vers l'autocritique de nos propres agissements effroyablement égoïstes et réducteurs, il existe de nombreuses initiatives écologistes, humanitaires ou tout simplement humanistes.

A l'heure ou les écarts se creusent entre les riches et les pauvres, à l'heure ou les dangers de voir imploser toute notre construction mentale de la société humaine sont à l'aune des menaces qui pèsent sur l'équilibre devenu précaire de tout l'écosystème qui nous abreuve, nous nourrit, nous habille et nous loge, à cette heure H du jour J qui précède le basculement vers le néant, il ne nous reste que nos rêves les plus fous, nos espoirs les plus vains, la volonté la plus farouche de faire basculer la masse critique vers plus de lumière, plus d'égalité, plus de conscience, plus d'amour.

C'est à ce prix et uniquement à ce prix, celui de l'effort du réveil de la conscience de l'état d'avoir à celui d'être que nous parviendrons à sauver ce qu'il nous reste d'humanité.


Bruno Altmayer


 
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